Les « simples »

Jardin de monastère et de Moyen Âge

Potherbes

Les potherbes sont les plantes consommées principalement cuites dans un pot, constituant les potages et les potées. C’est dans ce bouillon d’herbes que le « vilain » trempait ses tranches de pain.

Le Capitulaire De villis (vers 795) mentionne neuf de ces plantes : les laitues – la roquette – le cresson alénois – la chicorée – la moutarde – la betterave – l’arroche – la blette ou arroche-fraise – les choux.

Il est vraisemblable que de nombreuses herbes de cueillette participent également au potage comme : le chénopode – la bourrache – la petite pimprenelle, et plus tard l’épinard.

D’autres plantes déjà utilisées au Moyen Âge se retrouvent ici avec les potherbes : le chénopode – le cardon – les diverses mauves – le pourpier et l’oseille.

Plantes maraîchères à racines

Ce groupe des « racines «  ou « tubérifères » comprend toutes les plantes dont la partie comestible est cultivée sous terre.

Le navet et le chou-rave interviennent autant dans le potage d’herbes que dans les racines, de même la carotte blanche et le panais. D’autres racines sont cultivées en tant que telles comme le raifort, la bardane, le chervis et la raiponce.

On en compte une dizaine dans le Capitulaire De villis, si on lui incorpore les bulbes alimentaires tels que l’ail, l’échalote et surtout l’oignon.

Aromates et condiments

Ce groupe contient les plantes qu’on emploie comme assaisonnement dans les préparations culinaires, ou comme médicaments dans les préparations pharmaceutiques. La frontière entre ces deux emplois est ténue, du moins à l’époque médiévale ! Ce qui fait que la plupart de ces plantes peuvent se retrouver aussi bien dans le Potager que dans le Jardin des Simples.

Le Capitulaire De villis cite pas moins de quinze espèces se rapportant à ce thème : le cumin, le romarin, le carvi, l’anis, l’ammi, le persil, l’ache, la livèche, l’aneth, le fenouil, la sarriette, la ciboule et la ciboulette, la coriandre ainsi que le cerfeuil.

D’autres simples communes peuvent y être ajoutées comme l’hysope et les thyms ainsi que la nigelle propagée par les grecs et les romains.

Le verger

Il semble qu’à l’origine des vergers, les fruitiers aient souvent été planté dans le cadre des monastères, particulièrement dans les vergers-cimetières. Le verger du cloître de Saint-Gall compte 13 arbres, évoquant le Christ et ses disciples au jardin de Gethsemani.

Dans son Capitulaire, Charlemagnes fait mention de treize véritables fruitiers : le pommier, le poirier, différents pruniers, le sorbier, le néflier, le châtaignier, le pêcher, le cognassier, le noisetier, le mûrier noir, le cerisier et le noyer ; auxquels s’ajoutent deux autres espèces ligneuses comme le laurier noble (pas assez rustique pour être planté ici) et le pin.

D’autres espèces , dont les fruits sont également comestibles, sont cultivées. C’est le cas de l’alisier, de l’aubépine, de l’épine-vinette, du cornouiller mâle, des framboisiers, du sureau rouge et dans le Midi, de figuiers et d’oliviers.

Il faut considérer que la plupart de ces arbres sont plantés essentiellement à des fins médicinales. Les fruits sont en effet particulièrement âpres et seule l’amélioration des variétés amènera l’habitude de les consommer.

Plantes et boissons

A part l’eau qui est sûrement la boisson principale mais pas toujours facile à obtenir propre en raison des multiples possibilités de souillures. « L’Eau-de-Vie » (apportée par la civilisation arabe) est réservée à des usages exclusivement médicinaux..

De nombreuses boissons fermentées existent comme le cidre, l’hydromel, la cervoise et le vin. Le Capitulaire De villis exige « de bonnes bières » des maîtres brasseurs. Les brasseries sont effectivement fréquentes dans les monastères bénédictins et une plante est liée à la cervoise, c’est le houblon.

La vigne enfin fournit le vin, qui est avec le pain, la nourriture par excellence du chrétien. Des herbes comme l’aspérule serviront à parfumer certains vins.

Plantes textiles et utilitaires

Le capitulaire de Charlemagnes retient deux espèces : la cardère à foulon et la garance. Mais de nombreuses autres espèces occupent les champs du Moyen Âge ; il s’agit du chanvre et du lin, connus pour l’utilisation de leurs fibres. La saponaire, elle, est « l’herbe à savon » utilisée en particulier pour dégraisser la laine du mouton, préalablement traitée à la cendre de bois.

Plantes tinctoriales

La teinture des textiles est à l’époque médiévale, une occupation importante. Elle s’effectue à l’aide d’animaux et de végétaux.

Les teintures végétales peuvent se classer en deux grands groupes. D’une part, on trouve les espèces apportant les couleurs proches du jaune : gaude et carthame, safran, nerprun fétide, serratule, genêt des teinturiers en font partie et d’autre part, les espèces donnant des couleurs nobles parce que plus rares comme le rouge et le bleu. C’est l’orcanette, la garance et le pastel qui donnent des teintures plus onéreuses, réservées aux habits d’apparat.

Herbes magiques

Certaines plantes cultivées furent, dès l’origine de l’utilisation des plantes, soumises à des pratiques spécifiques, souvent religieuses et parfois dans des buts moins avouables. Le souvenir des sorcières est tellement profond qu’il doit bien se rattacher à quelques réalités.

Magiques en raison de leurs pouvoirs, mystérieux à l’époque ; ce pouvoir est un pouvoir vénéneux sinon mortel. Il est « surnaturel » et a pu permettre aux « sorcières » qui utilisaient de telles plantes d’influer en bien ou en mal sur le cours des événements.

Aucune de ces espèces, naturellement, n’est recommandée dans le Capitulaire De villis …

Il s’agit des aconites, de la ciguë, du pavot, du doronic romain entre autres.

Plantes maléfiques

L’usage de ces herbes affectait l’état conscient des sorcières et leur conférait alors des pouvoirs prétendument surnaturels. Cela leur permettait de prophétiser, de jeter des sorts, de se transporter dans des lieux très éloignés pour y exercer leurs pouvoirs maléfiques.

C’est le sabbat ; sa préparation consistait à appliquer des décoctions derrière ou entre les cuisses, ce qui provoquait une sensation de lévitation ; tout ceci incitant ainsi la sorcière à enfourcher un balai qui représentait le moyen de voler ! Ces plantes se sont souvent révélées être en fait de puissants psychotropes.

La verveine officinale, le datura, la belladone et la jusquiame en font partie. La mandragore aussi, mais absente ici en raison de sa faible rusticité. L’alchémille y est présente en raison de l’intérêt marqué des alchimistes qui voyaient dans la rosée qu’elle recueillait une « eau céleste » pouvant les aider à préparer la pierre philosophale.

Les simples:

Ce terme de « simples » désignent des remèdes obtenus avec des plantes uniques par opposition aux préparations composées des apothicaires.

On les retrouve sous différents thèmes comme les panacées, les plantes de la théorie des signatures, les espèces soulageant les maux de ventre, les purges, les remèdes es fièvres, les herbes expectorantes, les vulnéraires ainsi que les plantes de femmes.

Attention toutefois, car les plantes indiquées et présentes ici correspondent à l’usage qui en était fait à l’époque. Il serait hasardeux, voir dangereux de vouloir se soigner avec ces herbes sans connaissances spécifiques.

Les panacées des simples

Certaines plantes ont au Moyen Âge, une réputation telle qu’elles auraient pu entrer aussi dans les herbes magiques, comme la pervenche ou l’aristoloche.

Leur utilisation est en fait essentiellement thérapeutique avec des vertus souvent multiples.

On y trouve aussi la bétoine, l’angélique, la sauge officinale et la sauge sclarée, le dompte-venin, la cataire, le soucis, le cynoglosse, le gattilier et les joubarbes.

Plantes et Signatures des simples

Paracelse, précurseur de la médecine moderne et un peu alchimiste fut aussi à l’origine –de part sa conception du type magique des relations entre l’univers qui nous entoure et le microcosme de notre organisme- de la recherche de relations étroites entre les caractères morphologiques des plantes et de leurs propriétés thérapeutiques supposées ; appelée la « théorie des signatures » ou « signes de la nature » déjà utilisée en Chine depuis des temps immémoriaux.

Nous trouvons ici la pulmonaire (censée soigner les maladies pulmonaires), l’hépatique présentant trois lobes comme le foie, le lamier blanc, la ficaire, la chélidoine et l’alkékenge.

Plantes des simples soulageant les maux de ventre

Au Moyen Âge, les « maux de ventre » sont classés tant bien que mal en catégories plus ou moins définies. Ils semblent être une préoccupation importante, et de nombreuses plantes sont désignées pour soulager ce troubles d’origines diverses.

Sept d’entre elles sont présentées dans le Capitulaire  De villis ; se sont : la balsamite, l’aurone, la menthe pouliot, la menthe aquatique, la menthe cultivée et la menthe sauvage, la tanaisie, le chardon-marie et le fumeterre.

Plantes des simples, les purges

Afin d’éliminer les humeurs en excès ; la médecine médiévale avait recours à la purge. De nombreuses plantes ont été utilisées à cet effet, en particulier des cucurbitacées. Mais il faut savoir que beaucoup de celles-ci sont toxiques à partir d’une certaine dose. On y trouve, l’épurge, la petite ésule (qui sont deux euphorbiacées), le ricin et l’asaret entre autres.

Plantes des simples, herbes des fièvres

L’origine des fièvres est mystérieuse au Moyen Âge, et on les considère alors comme une maladie à part entière. Souvent ces fièvres apparaissent de façons intermittentes. Certaines sont quotidiennes, voire tierces ou quartes.

L’aunée, la germandrée petit-chêne, la benoîte, la piloselle, le filipendule, la reine des prés et la petite camomille en font partie. Certaines sont encore utilisées, mais d’autres se sont révélées toxiques et leurs préparations désormais interdites.

Plantes des simples, herbes expectorantes

De nombreuses plantes sont indiquées dans les maladies respiratoires, mais beaucoup d’entre elles ont en fait de multiples usages. Il s’agit de la guimauve, des la molène, du marrube, de l’herbe aux chantres, de la réglisse.

Les simples vulnéraires

Pour beaucoup de plantes de ce groupe, se sont leurs propriétés astringentes qui sont bénéfiques ; celles-ci sont dues à la présence de tanins et ces simples désignait les remèdes cicatrisants.

La quintefeuille, l’argentine ou ansérine, le fraisier, l’aigremoine, l’épiaire des bois, les différents plantains, le millepertuis, l’herbe aux goutteux, la consoude officinale, la renouée des oiseaux et la bistorte font partie de ce groupe de plantes dites « vulnéraires ».

Les simples, plantes des femmes

Les formulaires médiévaux, souvent écrits par des hommes, font une large place aux remèdes et soins strictement féminins, alors que les domaines gynécologiques et obstétriques restent du seul ressort des intéressées.

Deux espèces seulement sont recommandées dans le Capitulaire De villis ; la rue et la sabine. Mais d’autres espèces sont aussi utilisées à ces effets, comme l’armoise commune, l’agripaume, la mélisse et le tamier. On sait maintenant que certaines d’entre elles contiennent de la thuyone et qu’à dose un peu trop forte, cela devient abortif.

Le Jardin de Marie

On trouve rassemblées dans le Jardin de Marie les fleurs qui étaient destinées à parer le jardin des presbytères, et dont la cueillette rythmait les fêtes liturgiques de ses offrandes de bouquets.

Sont reprises ici ces fleurs dans l’ordre où elles sont citées dans le capitulaire De villis, mais elles y sont peu nombreuses et d’autres, susceptibles de se rencontrer dans ce jardin bouquetier pourraient y être rajoutées. Il s’agit des lys blanc et martagon, des iris des marais et iris de Florence, des pivoines, fraxinelles, giroflées, glaïeuls, bleuets, œillets des chartreux, ancolies, violettes odorantes, croix de Jérusalem, roses trémières de différentes couleurs, acanthes et buis.

La Roseraie

Au XIIe siècle, l’Eglise va introduire la Rose dans les cérémonies. De couleur blanche, elle représente la sagesse monastique et constitue le symbole de pureté, alors que lorsqu’elle est rouge, elle symbolise la passion du Christ et celle des martyrs. La littérature courtoise dès la Renaissance va faire évoluer les choix de roses vers un lieu enchanteur surnommé roseraie.

La rose des Provins (Rosa gallica), présente dans le Capitulaire de Charlemagne et la rose de Damas sont les plus présentes à l’époque.

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